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Que met-on sur la tombe d'une fleur ? Greg Achille Talon et l'arme du crocodile

Partir, c’est renaître un peu

… pour la Nature !

Mercredi 11 mars 2009

Comment la Nature survivrait elle sans nous ? Très bien, merci ! Mieux même… C’est la réponse probable à la question de ce livre : quelle vie pour la Terre après l’Homme, après le passage de ce bipède très envahissant ?

Homo Disparitus
A. Weisman
Flammarion, 2007
Homo Disparitus

Avant de lire cet excellent ouvrage, je ne savais pas réellement à quoi m’attendre, n’ayant pas cherché à explorer précisément par avance son contenu. Une compte-rendu dans la revue Scientific American m’avait suffit à souhaiter le lire. Dans ce compte-rendu, l’accent était porté sur l’avenir possible de Manhattan, quelques jours seulement après l’hypothétique disparition de l’Homme sur Terre.

Ainsi, par exemple, faute d’alimentation électrique, les pompes à eau qui vident en continu les sous-terrains du métro de New-York ne joueront plus leur rôle de lutte anti-inondation, et les couloirs et tunnels sous Manhattan s’empliront bien vite d’eau, dégradant rapidement ce territoire de taupe, sapant du même coup les fondations de ce qui repose au dessus. Et ça ne serait que le début !

Si ce livre m’a attiré, c’est parce qu’il y a quelques années, en visitant les ruines d’un château fort médiéval (je ne sais plus où exactement, peut-être en Bretagne…), j’ai été stupéfait de réaliser combien la Nature reprend rapidement ses droits sur nos plus imposantes manifestations architecturales. Une des tours de ce château n’était pas encore complètement dégagée de sa gangue de terre, qui à certains endroits devait représenter plus de 5 mètres de haut.

Comment la Nature s’y prend-elle pour recouvrir d’une telle façon, sur seulement quelques siècles (cinq ou six), un édifice de dix mètres de haut ?

Depuis, dans mon quotidien, j’ai pu mesurer combien la Nature est véloce et efficace lorsqu’il s’agit de nous engloutir : un caniveau banal mal entretenu pendant quelques années, au bord d’un petit bois de feuillus, m’a conté l’Histoire en miniature… La clé, ce sont les amoncellements organiques, principalement les feuilles d’automne dans cette situation. Un premier tapis la première année, suivi d’un second la seconde année, puis d’un troisième… Et pendant qu’au dessus la matière brute s’amasse, en dessous les petites bêtes que nos professeurs de biologie de collège nous ont révélées au microscope grignotent cette matière organique, années après années, la transformant en un humus compact, et bientôt en une superbe terre, probablement d’excellente qualité. Quelques centimètres par an, et le compte y était !

Ce livre répond à bien des questions du même genre : vieillissement des bâtiments selon leur nature, avenir des ponts suspendus, devenir de nos raffineries, de nos centrales nucléaires et de nos puits de pétrole… Tout est analysé en détails. C’était ce que j’attendais de cet ouvrage : je n’ai pas été déçu ! Un bref (trop bref !) exposé sur la ville de Pripiat, abandonnée en quelques heures après l’accident de Tchernobyl, mise en pratique de l’hypothèse du livre…

Ce à quoi je ne m’attendais pas était un long retour et une longue réflexion sur notre impact (nous les Hommes) sur la Nature, avec sa flore dépecée et sa faune massacrée (surtout la méga-faune d’ailleurs !)… Continent après continent, l’action de notre sale espèce est passée au crible, analysant et tirant les leçons du passée, puis il est évoqué ce que pourrait être l’avenir au cas où par taquinerie la Nature se débarrassait de nous. Presque toujours le même motif se présente : disparition d’espèces en grand nombre, réduction de la biodiversité, envahissement de l’humanité dans les moindres recoins de notre Planète, océans compris, avec nos déchets flottants qui inondent nos mers…

Car le thème central de ce livre est bien celui-là : que deviendrait cette Nature fortement endommagée et meurtrie par nos activités irréfléchies après notre disparition ? Les réponses ne sont pas des plus optimistes, ni à court terme ni à plus long terme. La pollution que nous laissons, mais aussi la dégradation polluante de nos installations diverses abandonnées, les chamboulements hydrauliques (détournements de fleuves), atmosphériques (rejets de gaz divers) et biologiques (déplacement d’espèces), tout cela laissera encore des traces bien visibles et nuisibles de notre passage pas sage longtemps après notre départ. La Nature saura bien réparer une bonne part de ce désastre, ou tout du moins le cacher, mais il lui faudra beaucoup, beaucoup de temps !

Certaines traces mettront encore plus de temps à s’effacer : les polymères de nos plastiques, inexorablement attirés par les océans, où ils s’émiettent en fines particules irréductibles, que même les rayons ultra-violets du soleil auront bien du mal à détruire ; les céramiques, l’un des matériaux les plus robustes au vieillissement que nous ayons inventé ; des polluants divers et très stables, que notre agriculture intensive a requis, ou que nos activités industrielles ont rejetés…

Finalement, nos villes auront disparu bien avant ces ultimes témoignages de nos activités. Rassurons nous cependant : la tectonique des plaques, ce lent remodelage de la Terre, à l’échelle de quelques millions d’années aura redonné un sol vierge aux espèces à venir.

Enfin, ce livre aborde la question de son hypothèse de départ : l’Homme pourrait-il disparaître seul ? Sans bien sûr en profiter pour partir avec la Terre elle-même, mais laissant derrière lui une Planète dans l’état où nous la connaissons aujourd’hui. Quelques réponses sont apportées, mais pas des plus satisfaisantes : une maladie, même très virulente et contagieuse, laisserait toujours des survivant qui relanceraient la machine infernale…

La seule hypothèse qui tienne la route est une sorte de conte de fée pour Nature en mal de Paradis terrestre : l’Humanité décide de son propre départ, en cessant, du jour au lendemain, toute reproduction… Et là commence un passage surréaliste du livre, dans la description d’un monde qui se libère de son parasite principal, d’une humanité qui s’efface elle-même en vieillissant doucement et en mourant petit à petit, en libérant de son temps à ne plus chercher difficilement sa nourriture puisque la Nature, geste ultime de bienveillance de sa part, redevient généreuse (car moins stressée par une population décroissante !), humanité qui profite surtout de ce temps libéré pour remettre un peu d’ordre là où elle a été très brouillone… Une fin digne d’une humanité qui aurait la politesse de s’excuser avant de partir. Certes, ce n’est qu’une fable, mais sans aller jusqu’à sa disparition totale, ce que ce récit évoque est une Terre moins peuplée de l’Homme, plus confortable pour elle comme pour lui.

Un des passages les plus troublants de ce questionnement évoque la disparition de civilisations entières, comme celle des Maya, prise comme exemple typique. Là réside peut-être le côté le plus effrayant du livre, puisqu’il pointe du doigt un trait humain maintes fois rencontrée dans l’Histoire, à différents endroits, à différentes époques. Pour résumer, une civilisation risque fort de dégénérer et de disparaître lorsqu’une partie de ses individus, auto-proclammée élite, devient non seulement inutile, mais en plus avide des richesses produites, les concentrant à son seul plaisir, se les accaparant au détriment de la majorité, se combattant dans des conflits dynastiques pour les conserver… Dans certaines civilisations passées, cela s’est appelé la noblesse, dans des civilisations plus récentes, il se pourrait que ça existe encore… Il suffit de rechercher où se trouve combiné le pouvoir et l’argent.

Je doute de l’avenir de notre civilisation.

Tant mieux pour la planète ?