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Si la préhistoire a précédé l'histoire, il n'a jamais été démontré que la prescience ait précédé la science. Pierre Dac

Qu’allaient-ils faire dans cette galère ?

Une expédition loin d’un bon appartement chaud…

Jeudi 15 janvier 2009 (mise à jour mardi 6 avril 2010)

Des savants accompagnant une armée de conquête, voilà bien une idée étrange… C’est pourtant ce que s’est permis Bonaparte en 1798 lorsqu’il s’est embarqué pour l’Égypte.

Les savants de Bonaparte
R. Solé
Seuil, 1998
Les savants de Bonaparte

Je n’ai jamais été très doué en Histoire. Entre la préhistoire et hier, je ne me souviens pas toujours de ce qui s’est passé…

C’est pourquoi, lorsque je tombe sur un livre me relatant des faits dont j’avais entendu parlé mais dont je ne connaissais pas les détails – et qui en plus traite d’un sujet qui m’intéresse ! –, je l’accapare.

Le sujet de ce livre est l’expédition conduite par Bonaparte en Égypte, de 1798 à 1801. Peu importe les faits d’armes ou les conquêtes militaires, ce qui intéresse Robert Solé est l’épopée des savants embarqués par le Général Bonaparte.

Tout commence dans un grand secret, comme une sorte de complot énorme, que les ennemis anglais ne doivent pas surprendre. Des savants (mathématiciens, physiciens, chimistes, botanistes, géologues…), des artistes, des ingénieurs, des chirurgiens, des architectes… toute une troupe de volontaires se presse pour participer à une aventure dont ils ne connaissent même pas la destination, ni bien sûr la durée ! Jeunes intrépides, parfois encore dans leur scolarité à l’École Polytechnique ou ailleurs, seniors reconnus par l’institution, toutes les classes d’âge sont au rendez-vous. Peu de femmes cependant !

Ils découvrent, après avoir embarqués à Toulon et une courte halte à Malte, que l’Égypte est leur but véritable. Ils se doutaient bien, cependant, qu’on allait vers un dépaysement oriental… Après une brève campagne militaire victorieuse, Bonaparte met en place une administration pour diriger le pays. Les savants se mettent au travail : il s’agit de parcourir ce pays fantastique et mystérieux, d’en comprendre tous les aspects (techniques, humains, géographiques, architecturaux, historiques…).

Après 3 ans de péripéties diverses qu’il est inutiles que j’évoque ici – elles sont exposées dans le livre – l’expédition rentre en France… sur des navires anglais ! Les trésors rapportés sont énormes, en terme de connaissance bien sûr. Certes, la Pierre de Rosette est confisquée par les anglais, mais des copies sont conservées et donneront l’occasion à Champollion d’exercer son art extraordinaire du déchiffrement de la langue hiéroglyphique, pour aboutir en 1822 à la première lecture de cette écriture jusqu'alors mystérieuse.

Un peu moins de 10 ans après le retour, paraît en 1810 la première version de la Description de l’Égypte, travail monumental qui compile toutes les études menées sur place.

Au delà de cette aventure humaine et scientifique, unique dans l’Histoire et si riche en enseignements, la question à laquelle le livre n’a pas répondu – car il ne s’en donnait pas le but – est la suivante : pourquoi des savants de tous horizons, de toutes classes, se sont-ils portés volontaires, enthousiastes, pour une expédition vers l’inconnu ? Que se passait-il en cette toute fin du XVIIIe siècle pour que l’esprit de découverte passe avant le confort ?

Avec des yeux d’aujourd’hui, il semble que peu de « savants » auraient répondu présents ! Certes, il existe encore des aventuriers, des conquérants intrépides. Certains, comme les époux Maurice et Katia Krafft, trop zélés, ont payé de leur vie leur amour pour les volcans… C’était cependant dans leur profession même que ce risque était pris.

Je peux comprendre que des géographes, des linguistes, des géologues, des zoologistes, des botanistes, voire des chimistes aient eut la tentation de s’octroyer une telle occasion, rare dans une vie, unique dans l’Histoire à une telle échelle, de mener des recherches sur un terrain vierge, complètement donné à se laisser découvrir. Mais ce que je ne comprends pas, c’est la motivation de mathématiciens et de physiciens, dont les travaux auraient tout aussi bien pu s’effectuer en métropole, où l’accès aux livres et les communications avec les collègues étaient nettement plus aisés…

Certes, Bonaparte leur avait donné un confort intellectuel certain en créant l’Institut d’Égypte, véritable petit frère de l’Institut national en France. Des articles scientifiques ont été écrits et publiés dans le journal local, avec copies adressées à l’Académie des Sciences en France… Les jeunes élèves de l’École Polytechnique ont même passé leurs examens de fin d’étude sur place, devant un jury tout à fait compétent. Mais lequel de ces savants aurait pu prévoir, en s’embarquant, que Bonaparte était un tel ami des sciences et des arts ? Il était bien plus que ça en réalité : il était lui-même un mathématicien doué, dont un théorème porte aujourd’hui encore son nom…

Des aventures scientifiques de cette ampleur, je n’en connais pas d’autres dans l’Histoire. Aujourd’hui encore, elle fascine par ce qu’on lui doit dans tout ce qu’elle a révélé à l’Europe de la splendeur passée de l’Orient…

En tout cas, ces savants n’était pas conduits par un Bonaparte manchot…